Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française
Suis-je encore vivante ?: Journal de prison Details
"La vie en prison continue. Dehors un merveilleux printemps, éblouissant, juteux, se déverse et nous n'en apercevons qu'une goutte à l'intérieur des cellules. Parfois un avion passe dans le carré de ciel et semble briser, en passant, l'épine dorsale de la maison." En février 1963, Grisélidis Réal est incarcérée à la prison pour femmes de Munich où elle demeure sept longs mois. Elle y tient son journal, entre peinture d'une âme en peine et chronique de captivité. Ce document brut, découvert peu après sa mort, constitue le premier texte d'une jeune prostituée se révélant écrivain. Il ajoute un dernier épisode saisissant au récit autobiographique Le noir est une couleur.

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« La plus grande épreuve que l'on puisse traverser, c'est la solitude. Et la solitude la plus vraie, la plus impitoyable, c'est celle que j'ai rencontrée en prison. Mais je ne veux pas désespérer, je lutte encore, de toutes mes forces j'espère, je crois en la vie, je crois en l'amour, je crois en la bonté humaine. Il faut que cette épreuve soit positive, qu'elle m'amène à la paix, à une compréhension plus profonde de l'humain, de moi-même, de la valeur de l'être. Que rien ne soit détruit. Que tout, au contraire, soit reconstruit. Et si, parfois, je succombe à l'horreur d'être enfermée ici, loin de mes enfants, de mon ami, de tous ceux que j'aime, loin du mouvement de la vie, je refuse d'accepter la lâcheté, je refuse le renoncement à la lutte. Tant pis si je pleure, parfois longtemps ' car de ma haute fenêtre fermée par six barreaux, où ne paraît qu'un carré de ciel, tantôt gris, tantôt bleu, tantôt noir, me parviennent, déchirants, tous les bruits vivants du dehors. »Ainsi écrit Grisélidis Réal. Nous sommes en avril 1963 à Munich, et c'est entre les quatre murs d'une cellule que l'on retrouve cette femme exceptionnelle ' ce qualificatif est ici amplement à sa place -, passionnée, fervente, battante, éprise de la vie. Elle est emprisonnée pour une affaire de drogue (cf. Le noir est une couleur) et attend de passer en jugement. Soumise au rude régime carcéral, elle témoigne ici de son désespoir, à peine adouci par ses rencontres avec d'éphémères ' et souvent attachantes ' camarades de galère, par ses lectures et surtout par sa pratique de la peinture (et ô combien nous manquent ici les reproductions de ses ?uvres ' je suis allé les chercher sur internet : elles sont magnifiques). Tout ça pour dire que malgré la dureté et le désespoir, il y a aussi des moments de joie. Le tout écrit dans un style aussi limpide qu'ardent, déchiré entre doutes et espérances, à la hauteur d'une entreprise de résistance et de survie.Encore un extrait pour convaincre les indécis ? : « C'est une chose étrange, mais pas improbable, de penser que cette claustration d'un être humain seul dans sa cellule ressemble à celle de l'embryon dans la matrice maternelle. Tous ces bâtiments sourds et tristes, aux fenêtres aveugles, ne seraient qu'une vaste agglomération de matrices dans le corps géant et inconnu de quelque monstre invisible, d'où nous éclorons un jour. » Une éclosion qui ' pour quelques trop rares ' pourra aussi signifier résurrection.


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