Category: Livres,Romans et littérature,Livres de référence
Journal I 1892-1907 Details
Les colères, les peurs et les exaltations du grand pèlerin de l'absolu. Des mots qui font sursauter. L'auteur du mot qui frappe.Léon Bloy (1846-1917) est un bloc erratique dans la littérature fin-de-siècle. Il récuse les langues mordorées de son époque pour se lancer, avec véhémence, dans le déchiffrement du mystère qu'est l'homme. Il le fouille sans complaisance, mettant à nu ses faiblesses et ses souffrances. Pamphlétaire corruscant, il combat la société bourgeoise de son temps, mais aussi ses ennemis, comme Zola et les naturalistes. La plupart de ses romans ont un caractère autobiographique et prennent leur essor dans un Journal tenu sans relâche pendant un quart de siècle (1892-1917). C'est ce document que Bloy destinait lui-même à la publication qui est donné ici, entouré pour la première fois des clefs qui permettent au lecteur moderne de déchiffrer les nombreuses allusions à la vie et à l'époque de l'auteur. Pierre Glaudes est professeur à l'université de Toulouse-Le Mirail ; il a publié de nombreux travaux sur la littérature française du XIXe et du XXe siècle (notamment sur Balzac, Barbey d'Aurevilly et Huysmans).

Reviews
"Tout n'est qu'apparence, n'est que symbole ici-bas", disait-il et on se dit que l'immense talent de Bloy devait être vraiment le symbole de l'Infini auquel il ne cessa d'aspirer.Les deux volumes parus chez Bouquins de l'intégrale du Journal de Léon, le Lion du Paraclet qui rugit dans le désert spirituel du monde moderne, sont un trésor inestimable pour les lecteurs avides d'auteurs flamboyants, novateurs et profonds, capables de hautes spéculations comme de fulminations sauvages.Celine n'a pas fait mieux -surtout il lui manquait le sens de la transcendance- j'ai toujours considéré Bloy comme supérieur dans la forme et le contenu; et pas d'antisémitisme chez Bloy:"Je ne suis et ne veux être ni dreyfusard, ni antidreyfusard, ni antisémite. Je suis anticochon, simplement, et, à ce titre, l'ennemi, le vomisseur de tout le monde, à peu près. Avec moi on est sûr de ne prendre parti pour personne, sinon pour moi contre tout le monde et d'écoper immédiatement de tous les côtés à la fois."Bien sûr Bloy s'est un peu trop laissé enflammer par La Salette, apparition mariale sentant fort le fagot, bien sûr son catholicisme frisait souvent l'hérésie, bien sûr certains de ses jugements était injustes mais l'homme était entier et excessif, mais capable aussi d'une sensibilité extraordinaire à la souffrance et au mystère de la vie. Et souvent quelle lucidité et quelle prescience:En 1897: "Il est évident que tout automobiliste ambitieux est un assassin avec préméditation, puisque un tel sport implique, à son escient et à peu près nécessairement, le massacre de toute créature animée qui pourra se rencontrer sur son chemin. Cela est formel, absolu, indiscutable et l'avachissement inouï des contemporains est seul capable d'expliquer l'ignoble patience qui encourage ce meurtrier. On sait l'abus atroce de cette hideuse et homicide machine, destructive des intelligences autant que des corps, qui fait nos délicieuses routes de France aussi dangereuses que les quais de l'enfer et qu'on ne pourra jamais suffisamment exécrer."Et aussi :"Je pense qu'il n'y a jamais eu d'époque aussi dénuée d'intérêt(que la nôtre). Uniformité désespérante de la platitude et de l'ordure, attestée par les sécrétions du journalisme.""Je reviens de la basilique, saturé de tristesse, ayant vu quelques touristes... Puis je me suis dit que l'irrévérence de ces animaux est moins offensante pour Dieu que la médiocrité des dévots qui baisent la terre ostensiblement.""Je crois fermement que le Sport est le moyen le plus sûr de produire une génération d'infirmes et de crétins malfaisants.Ceux qui m'ont lu savent que l'unique sport qui "m'a particulièrement séduit depuis mon adolescence" est la trique sur le dos de mes contemporains et le coup de pied dans leur derrière.""Je n'ai jamais manqué de ce qui m'était nécessaire. Quand j'ai eu besoin de souffrir beaucoup, Dieu m'a comblé de souffrances. Quand j'ai eu besoin de consolation, Dieu a déchaîné sur moi des tempêtes de consolation. Chaque chose est venue en son temps. Tout est adorable.""L'épouvantable immensité des abîmes du ciel est une illusion, un reflet extérieur de nos propres abîmes, aperçus "dans un miroir". Il s'agit de retourner notre oeil en dedans et de pratiquer une astronomie sublime dans l'infini de nos coeurs, pour lesquels Dieu a voulu mourir. Aucun homme ne peut voir que ce qui est en lui. Si nous voyons la Voie lactée, c'est qu'elle existe véritablement dans notre âme."Génie à jamais démodé et par conséquent indémodable, on ne peut que se scandaliser que toute son oeuvre ( romans, essais etc) ne soit toujours pas disponible dans son entièreté. Dérangerait-il encore ?PS: hommage admiratif aux intéressantes introductions et excellentes notes( heureusement reléguées en annexe pour ne pas alourdir le texte) de Pierre Glaudes, déjà responsable du volume de Bouquins sur De Maistre.


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