Category: Livres,Sciences humaines,Philosophie
Féeries anatomiques : Généalogie du corps faustien (essai français) Details
Depuis que les exploits de la biologie génétique ont offert à l'homme moderne les moyens d'infléchir son destin - manipulations, diagnostic prénatal, clonage, etc... - deux attitudes, d'ordinaire, se font face : d'un côté des « comités d'éthique », traditionnellement frileux, voire conservateurs, qui tentent de « moraliser » les sciences du vivant ; de l'autre, des docteurs Folamour tout disposés à s'aventurer, à travers le corps humain, vers des expérimentations déraisonnables. C'est pour dénoncer la vanité de cet affrontement, et pour en questionner le socle métaphysique, que Michel Onfray a choisi, avec ce livre, de jeter les bases d'une véritable « bio-éthique libertaire » qui ne manquera pas de séduire - ou de provoquer.De la trangénèse au « sperme numérique », de l'éloge subtil du clonage à une défense paradoxale de l'euthanasie ou a une attaque en règle des soins palliatifs, d'une réactivation des thèses antiques sur le suicide à une célébration de la chirurgie de la greffe, ce livre définit ainsi un « corps faustien » : déchristianisé, donc post-chrétien, ouvragé par l'artifice, libre et structuré par une énergie vitaliste.Avec ces Féeries anatomiques, Michel Onfray, philosophe résolument « technophile » soutient que la technoscience n'est pas une catastrophe en soi - mais relativement à son usage. Il y développe sa critique radicale des visions idéalistes de la chair. Et son parti pris, iconoclaste mais argumenté, en faveur d'une éthique passionnément hédoniste lance un débat promis au tumulte.

Reviews
Cet essai de Michel Onfray se fonde sur la structure d'un discours qui s'organise autour de cinq parties respectivement intitulées : « Penser l'avènement : être », « Artificialiser l'événement : naître », « Déchristianiser la chair : vivre », « Dématérialiser le destin : exister » et « Affronter la mort : mourir ». L'auteur y met en exergue les arguments d'une thèse dont la problématique pourrait reposer sur les questions suivantes : Quel regard sur le corps posons-nous ? Comment défendre l'alternative d'une bio-éthique accordant à la subjectivité et à la conscience individuelle la primauté au regard de toute autre considération relevant moins, par ailleurs, d'une conception postmoderne de l'homme, au sens progressiste du terme, que d'une pensée encore très imprégnée d'évangélisme paulinien ? Quelle attitude adopter face au destin et à la fatalité de la mort ? Michel Onfray se propose d'y répondre en confiant dès l'abord que la pensée du suicide ne l'épargna pas quand sa compagne Marie-Claude, atteinte d'un cancer, faillit mourir : « Mon désir de vivre s'entamait petit à petit. Je voyais de moins en moins de raisons à continuer l'existence. »S'imposa alors à lui l'idée de disserter sur l'anatomie du corps humain eu égard au rapport étroit qu'un tel sujet entretient avec l'éthique. L'odyssée existentielle de l'être humain demeure analysée dans le présent ouvrage selon une praxis qui reprend ses différentes étapes, de la naissance à la mort. Onfray entend ainsi livrer au lecteur une opinion qui s'appuie sur des valeurs d'ordre hédoniste et utilitariste. Des thèmes universels et d'actualité touchant à la médecine, la biologie et la philosophie tels que l'avortement, le vieillissement, l'euthanasie ou le suicide y font l'objet d'une grande attention de la part de l'auteur qui pourvoit ainsi à la matière d'une pensée tout entière orientée vers la célébration du « corps faustien » qu'il définit comme un corps qui s'appartient pleinement, en conscience, et non soumis aux contingences du divers ou du chaos, un corps en pleine possession de ses moyens, sujet avisé de ses qualités autant que de ses défauts, un corps somme toute vitaliste : « Le vitaliste pratique la connaissance par les gouffres, il pratique une épistémologie tremblante, il active une méthode moins langagière et théorique que corporelle et pragmatique [...] Le vitalisme se rebelle contre la toute-puissance de l'outil utile et affirme l'irréductibilité d'un principe vivant. » Onfray se prononce en faveur d'une vie totale et riche de l'énergie instantanée grâce à laquelle se construit le corps faustien : « Qu'est donc cette vie au centre des soucis du vitaliste ? Elle est efflorescence, fécondité, création, construction ; elle suppose le sang, la sève, le sperme ; elle préside aux germinations, aux productions ; elle transforme le grain en plante, la fleur en fruit ; elle fabrique le nécessaire pour que l'abondance, l'excès, la force et la dépense, l'emportent sur la rareté, le manque, la faiblesse et l'économie [...] elle travaille la chair, associe les organes dans un corps, maintient de conserve les organismes, transforme des matières en énergie à même de réparer les dommages de l'entropie. »De fait, cette conception de l'existence parcourt l'ouvrage tout du long, y compris lorsque l'auteur aborde des questions aussi tragiques que l'euthanasie ou le suicide. ? cet égard, Onfray tient pour une approche vitaliste de la mort volontaire. Tout individu qui manifeste le voeu d'en finir avec la vie est à considérer, selon lui, comme un individu responsable que l'on ne devrait pas juger et dont on devrait respecter les intentions de dernier acte. ? l'encontre des partisans du commandement vaticanesque et de son corollaire, la méthode palliative, Onfray défend le suicide et l'euthanasie : « Suicide n'est pas homicide, écrit-il, les deux termes supposent deux sens séparés, deux acceptions distinctes. Donner la mort à un individu non consentant ou se l'infliger parce qu'on l'a décidé relèvent de deux logiques antinomiques : d'une part la négation de la liberté d'un tiers, d'autre part l'affirmation de la sienne sans dommage pour autrui. »Enfin, poursuivant sa réflexion sur la base du pragmatisme vitaliste, l'auteur exhorte ses lecteurs à « affronter la mort », non pas du point de vue d'une fantasmagorie d'ordre obsessionnel mais de celui que donne Sigmund Freud, à savoir : celui de la pulsion. La symbolique freudienne fixe en effet la réalité de deux pulsions consubstancielles et complémentaires, celles de la vie et de la mort, ?ros et Thanatos, présentes en tout individu. Onfray conclut à ce titre que : « La mort est consubstancielle à l'être. Elle n'apparaît jamais, sinon en même temps que lui. Elle n'est pas générée par autre chose que le fait d'exister [...] Aucun destin ne s'écrit en dehors de ce travail de l'être par ?ros et Thanatos. Leur affrontement constitue l'équilibre ou le déséquilibre de chacun [...] Thanatos relève en chacun d'un donné biologique, certes, mais aussi d'une construction sociale sur laquelle un pouvoir des hommes semble possible. »


0 komentar:
Posting Komentar